Tel-Aviv Museum of Art
Le Tel-Aviv Museum of Art figure dans tous les guides comme une étape incontournable. Mais avant de s’y rendre, mieux vaut comprendre son organisation : le musée a changé plusieurs fois d’adresse au cours de son histoire et se déploie aujourd’hui dans plusieurs bâtiments répartis dans la ville. Une visite réussie demande donc un minimum de préparation.
Les origines : la maison de Meir Dizengoff
Le musée voit le jour en 1932 dans la maison de Meir Dizengoff, au n° 16 du boulevard Rothschild. Premier maire de Tel-Aviv, Dizengoff avait légué sa demeure à la ville pour en faire un lieu consacré à l’art.
Dès l’origine, la collection se construit autour de deux pôles : les artistes internationaux, parmi lesquels Marc Chagall, Amedeo Modigliani ou Uri Lesser ; et les artistes locaux, dont Reuven Rubin. Cette double orientation, locale et internationale, continue de définir l’identité du musée.
C’est également dans cette maison que David Ben Gourion proclame l’indépendance d’Israël, le 14 mai 1948.
Une institution répartie dans trois bâtiments
Au fil des décennies, l’enrichissement des collections et l’augmentation de la fréquentation ont conduit le musée à quitter son premier lieu. Devenu une institution reconnue à l’échelle internationale, il figure aujourd’hui parmi les cent musées les plus visités au monde, avec plus d’un million de visiteurs par an. Le Tel-Aviv Museum of Art désigne ainsi un ensemble de trois bâtiments distincts.
Le pavillon Eyal Ofer : le premier déplacement
Inauguré en 1959 sous le nom de Pavillon Helena Rubinstein, en hommage à la fondatrice de l’empire cosmétique, ce bâtiment marque le premier déménagement du musée. Sa construction fut rendue possible par un don de la Fondation Helena Rubinstein.
Situé sur la place Habima, il s’inscrit dans l’un des grands pôles culturels de Tel-Aviv, aux côtés du Théâtre national Habima et de l’Auditorium Charles Bronfman, siège de l’Orchestre philharmonique d’Israël.
Le pavillon se révèle toutefois rapidement trop étroit pour accueillir l’ensemble des collections. Cette limite conduit, en 1971, à la construction d’un bâtiment principal sur le boulevard Shaul Hamelech.
Il accueille aujourd’hui des expositions temporaires d’art contemporain.
Le bâtiment principal du boulevard Shaul Hamelech
Situé sur le boulevard Shaul Hamelech, le bâtiment de la Fondation familiale Paulson constitue aujourd’hui le cœur du musée. Il abrite les collections permanentes ainsi qu’une partie des expositions temporaires. Ses galeries réunissent un important ensemble d’œuvres modernes et contemporaines, avec des artistes tels que Picasso, Chagall, Van Gogh, Monet, Pissarro, Braque ou Kandinsky. Mais aussi des oeuvres d'artistes israéliens comme Reuven Rubin.
Inauguré en 1971 en présence de la Première ministre Golda Meir et du ministre des Affaires étrangères Abba Eban, il s’inscrit dans le style brutaliste israélien, qui marque fortement la construction publique du pays entre les années 1950 et 1970.
De l’esplanade du musée à la place des Otages
Devant l’entrée du Tel-Aviv Museum of Art s’étend une esplanade conçue pour accueillir de grandes sculptures. Depuis octobre 2023, cet espace porte un autre nom : la place des Otages. Deux semaines après le 7 octobre, les familles des personnes enlevées obtiennent l’usage de cette esplanade, en raison de sa proximité avec l’état-major de Tsahal. Elles y installent d’abord une table du Shabbat aux places vides, puis un tunnel reconstitué et un compteur électronique. L'art prend ainsi une dimension toute particulière dans ce lieu mémoriel.
Le compteur s’est arrêté le 26 janvier 2026, à huit cent quarante-trois jours, après la restitution de la dépouille de Ran Gvili, dernier otage retenu à Gaza.
Le bâtiment Herta et Paul Amir : une extension devenue œuvre architecturale
Jouxtant le bâtiment principal, le bâtiment Herta et Paul Amir, inauguré en 2011, prolonge le parcours du musée. Il présente une vaste sélection d’art israélien issue de la collection, ainsi que des expositions temporaires.
Son architecture en fait l’un des repères les plus visibles du musée. De l’extérieur, le bâtiment Amir apparaît comme une vaste structure horizontale, alors qu’il s’agit en réalité d’un édifice vertical comprenant trois niveaux souterrains. Son enveloppe, proche d’un origami, semble se plier selon plusieurs angles. Composée de 465 panneaux de béton poli réalisés sur place, elle crée une géométrie complexe qui transforme le bâtiment en œuvre à part entière.
À l’intérieur, les espaces s’organisent autour d’une « chute de lumière » verticale, véritable axe central du bâtiment. Cet atrium de 26,5 mètres de haut descend depuis la verrière en toiture, qui laisse entrer la lumière naturelle, jusqu’au niveau des fondations. Une œuvre d’art, littéralement.
Les deux jardins secrets
Le jardin Lola Beer Ebner
Créé en mémoire de Dolfi Ebner, le jardin de sculptures Lola Beer Ebner forme une cour intérieure ombragée, située en contrebas entre le bâtiment principal du musée et le bâtiment Amir. À l’abri des eucalyptus, il offre une parenthèse calme au cœur de la ville.
Son niveau inférieur et la présence des arbres composent un espace à la fois urbain et muséal, intime mais ouvert sur son environnement, où l’intérieur et l’extérieur semblent se rejoindre.
Malgré sa taille modeste, le jardin réunit plusieurs œuvres importantes de la sculpture moderne et contemporaine, en Israël comme à l’international. Parmi elles, la mosaïque Tel Aviv-Yafo de l’artiste italien Enzo Cucchi, créée spécialement pour ce lieu en 1999, se distingue par son rôle dans l’espace : elle forme le chemin reliant le niveau supérieur au niveau inférieur. Le jardin abrite également Les Moutons du Néguev (1963), œuvre de l’artiste israélien Yitzhak Danziger.
Nata’s Garden
Aménagé en 2011 à la mémoire de l’artiste Nata Dushnitsky-Kaplan, née Levontin, Nata’s Garden occupe l’espace délimité par le bâtiment principal, le bâtiment Amir et la rue Berkowitz.
Conçu comme une petite place urbaine nichée entre les bâtiments, il accueille deux sculptures exposées en permanence : Sisyphe et Jacob se rencontrent près du puits de Sigalit Landau et Couronnes d’Erez Israeli, tous deux lauréats du prix Dan Sandel et du prix de sculpture de la Fondation familiale Sandel.
Le jardin accueille également des expositions temporaires de sculptures en plein air.
