Théodore Herzl - celui qui a imaginé Israël sans jamais le voir

Père fondateur du sionisme moderne, Théodore Herzl a transformé l'espoir d'un État juif en projet politique concret dès 1896. De son pamphlet prophétique au premier Congrès de Bâle, découvrez le destin visionnaire d'un homme qui, malgré les échecs diplomatiques, a jeté les bases d'Israël.

Théodore Herzl - il a imaginé Israël sans jamais le voir

En 1893, Théodore Herzl conçoit un plan pour en finir avec l'antisémitisme : convertir les Juifs d'Autriche au catholicisme - en plein jour, un dimanche à midi, à la cathédrale Saint-Étienne, processions et cloches à la volée. On le sait parce qu'il l'a écrit lui-même : il rapporte l'épisode dans son Journal, où il précise que les meneurs, lui le premier, resteraient juifs et se contenteraient d'organiser le baptême des autres, à commencer par les enfants.

L'homme qui allait fonder le sionisme politique a donc d'abord cherché à dissoudre son peuple dans la majorité - en prenant soin de s'en exempter.

Un Viennois que rien ne destinait à Sion

Theodor Herzl était l'improbable père d'une nation. Avocat de formation, journaliste de métier, dramaturge contrarié, c'était un bourgeois germanophone et assimilé, plus à l'aise dans les cafés de Vienne que dans une synagogue. Rien, dans sa trajectoire, ne le destinait à devenir le prophète d'un État juif - sinon ce qu'il vit à Paris.

Correspondant de la Neue Freie Presse, il couvre fin 1894 la dégradation du capitaine Dreyfus. Ce n'est pas l'erreur judiciaire qui le marque, c'est la foule : dans la patrie des droits de l'homme, première à émanciper ses Juifs, on hurle « mort aux Juifs ». Herzl en tire une conclusion qui clôt définitivement le projet du baptême collectif : l'assimilation est une impasse. Quoi qu'il fasse, le Juif restera un étranger.

La seule issue est un État.

Cent pages qui donnent un programme à un rêve millénaire

En février 1896 paraît dans la vitrine d'un libraire viennois un mince volume : Der Judenstaat, « L'État des Juifs ». Cent pages. Herzl n'y invente pas le désir de Sion, vieux de deux millénaires ; il lui donne ce qui lui manquait - un programme politique, une logistique, un calendrier. L'année suivante, il convoque à Bâle le premier Congrès sioniste et se fait élire président de l'Organisation sioniste.

Il note dans son journal une phrase qui deviendra célèbre: "A Bâle, j'ai créé l'Etat juif".

Une décennie d'antichambres

Suit une décennie de portes fermées. Herzl démarche les puissants avec l'aplomb d'un homme persuadé qu'un État se négocie comme un contrat : l'empereur Guillaume II, le sultan Abdülhamid II - à qui il propose d'éponger la dette ottomane contre la Palestine -, et jusqu'au pape Pie X, qui le reçoit poliment et refuse net. Tous déclinent. En 1903, après le pogrom de Kichinev, le secrétaire britannique aux colonies Joseph Chamberlain lui offre un territoire en Afrique orientale - le « projet Ouganda ». Herzl, qui craint de n'obtenir jamais la Palestine, plaide pour qu'on l'examine au moins. Le sixième Congrès accepte d'étudier l'offre ; la délégation russe quitte la salle.

Le mouvement faillit se briser sur ce refuge africain que son propre fondateur défendait.

Mort à quarante-quatre ans, à quarante-quatre ans de l'État

Herzl n'en verra pas l'épilogue. Épuisé, le cœur usé, il meurt le 3 juillet 1904. Il avait quarante-quatre ans. Le projet Ouganda sera rejeté l'année suivante, sans lui ; la Palestine l'emportera, sans lui.

Les chiffres, eux, ont une symétrie qu'aucun romancier n'aurait osée. Herzl meurt à quarante-quatre ans. Quarante-quatre ans après sa mort, David Ben Gourion proclame l'État d'Israël.

En 1949, on transfère sa dépouille de Vienne à Jérusalem, sur une colline qui porte désormais son nom.

Herzl annonçait un État dans cinquante ans. Il s'est trompé d'un an. Avram Sarfati écrit chaque vendredi sur ce qui s'est joué dans ces cinquante ans-là, et sur ce qui se joue encore.
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Sources

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