tasse de café

L’art de boire un café à Tel-Aviv

À Tel-Aviv, commander un café c'est comme présenter votre passeport à la douane. Chaque mot que vous prononcez au comptoir dit quelque chose sur vous - d'où vous venez, combien de temps vous avez passé dans la ville, et si vous connaissez vraiment les codes ou faites seulement semblant.

Il y a des villes où le café se boit debout, en trente secondes : le Parisien qui avale son petit noir accoudé au zinc, le New-Yorkais qui file vers le métro, mug greffé à la main. Tel-Aviv n'est pas de celles-là. Ici, le café n'est qu'un prétexte : on s'assoit, on commande un premier café, on discute, on en recommande un deuxième, cette fois avec un sandwich. Une heure, deux heures, une seule tasse ou plusieurs - peu importe : personne ne vous regarde de travers. Le café à Tel-Aviv, c'est une culture, pas une boisson.

Mais pour ne pas passer pour un amateur, mieux vaut maîtriser le vocabulaire local.

Les codes du comptoir

Ne dites pas cappuccino - dites hafuch

Si vous entrez dans un café de Tel-Aviv et commandez un cappuccino, on vous en servira un - mais avec un sourire qui dit « on sait que tu n’es pas d’ici ». Le terme local est hafuch - littéralement « renversé » : on verse d’abord le lait chaud dans la tasse, puis l’espresso par-dessus. Le résultat est crémeux, doux, quelque part entre le latte et le cappuccino. C’est le café le plus commandé de la ville.

La proportion lait/café ? Contrairement au cappuccino, ce n'est pas une science exacte - A Tel-Aviv, ça dépend de l'humeur du serveur et de la taille du gobelet.

Lait normal ou lait d’avoine ?

Commander un café au lait à Tel-Aviv, c'est s'exposer à la question existentielle du serveur : « lait normal ou lait d'avoine ? » Dites « normal » et le sourcil qui se lève vous classe instantanément, génération boomer, sans appel. Le lait d'avoine a conquis les cafés de la ville avec une rapidité remarquable - en partie parce que Tel-Aviv compte parmi les villes les plus végétariennes au monde, en partie parce que c'est devenu un marqueur générationnel. Le cappuccino shibboleth, au lait d'avoine, est aujourd'hui aussi courant que le hafuch.

Un espresso ? Dites espresso.

Le café noir serré existe à Tel-Aviv. Il s'appelle espresso, tout simplement. Restez flou, et le serveur comblera le flou lui-même : ce sera un café botz, café moulu directement dans la tasse, eau bouillante par-dessus, la boue au fond qui lui donne son nom. Vous voilà prévenus.

Pour ceux qui veulent aller plus loin

Le café kar - l’espresso est presque rétro

Les plus branchés misent désormais sur le café kar - un café froid, à ne pas confondre avec un vulgaire ice coffee américain. Le résultat est frais, élégant, et très Tel-Aviv. Détail technique que les locaux ne précisent jamais aux touristes : demandez du sucre liquide. Dans un café froid, le sucre en poudre ne se dissout pas et reste au fond de la tasse. Et ça, c'est de la chimie, pas de la mauvaise volonté

Le mefourak - le test ultime

Pour ceux qui veulent tester le serveur : commandez un mefourak - littéralement « décomposé », aussi appelé broken cappuccino. Le principe : deux pichets servis séparément, l’un avec le café, l’autre avec le lait, et vous composez votre mélange vous-même. Si le serveur vous demande ce que c’est, félicitations - c’est lui qui se demandera s’il est vraiment un Tel-Avivien.

Commandez un café Mefourak

Demandez du sucre liquide pour votre café kar

Chaque vendredi, Avram Sarfati écrit depuis Tel-Aviv : un café, une terrasse, une façon d'être qu'on ne trouve dans aucun guide.
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