Tel-Aviv et son patrimoine — une ville qui a failli tout oublier

Tel-Aviv a démoli son premier lycée hébraïque pour ériger à sa place une tour de bureaux. Il a fallu attendre quarante ans pour que la ville décide que sa propre histoire méritait d'être gardée.

Des premiers quartiers fondés entre 1887 et 1910, il ne reste, à peu près intacts, que Neve Tzedek et le Kerem HaTeimanim. Ahuzat Bayit et les autres ont été absorbés, transformés, effacés - non par négligence accidentelle, mais par indifférence assumée. Tel-Aviv n'était pas Jérusalem, où chaque pierre porte le poids d'un millénaire : son patrimoine était neuf, fonctionnel, et dans une ville qui construisait à toute allure pour loger des vagues successives d'immigrants, le neuf écrasait l'ancien sans état d'âme.

Une ville qui rase son premier lycée hébraïque pour construire une tour, puis passe quarante ans à regretter : le rapport d'Israël à sa propre mémoire est compliqué. Avram Sarfati l'observe depuis l'intérieur chaque vendredi. → Rejoindre Le Cercle (gratuit)

Les Israéliens, pragmatiques, se soucient peu du patrimoine. L'exemple le plus édifiant est celui du tout premier lycée hébraïque de l'ère moderne, le Herzliya Gymnasium, construit au début du XXᵉ siècle. Ce bâtiment historique a été rasé dans les années 60 pour y laisser place à un gratte-ciel (la tour Shalom) à l'esthétique plus que douteuse. Idem pour le bâtiment qui abritait le quartier général de la Haganah (Arlozoroff Street 15), entièrement démoli.

Il aura fallu attendre le début des années quatre-vingt-dix pour voir les Israéliens se retourner vers leur passé et se rendre compte de l'intérêt de préserver la mémoire de la ville. C'est dans ce nouvel état d'esprit que doit être comprise l'inscription en 2003 d'une partie du centre historique au patrimoine de l'UNESCO.

La mémoire est revenue, négociée au mètre carré. Les plaques commémoratives ont fleuri, quelques façades ont été restaurées, et certains bâtiments survivent grâce à des arrangements dont Tel-Aviv a le secret : un promoteur rénove l'ancienne ambassade soviétique, la municipalité lui accorde le droit de construire une tour juste derrière. Le patrimoine est sauf - la vue, un peu moins. C'est à ce prix-là, pragmatique jusqu'au bout, que la ville garde la mémoire de ce qu'elle a failli tout à fait oublier.

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