Billet de 2ème classe oblitérée, sans date.

HaTachana : une gare transformée en destination branchée

En 1892, une société française inaugure en grande pompe la première ligne de chemin de fer de Palestine. Soixante ans plus tard, la ligne est sabotée, la gare fermée, le site remis à l'armée. Aujourd'hui, c'est l'un des endroits les plus courus de Tel-Aviv.

En 1888, un entrepreneur juif de Jérusalem achète au gouvernement ottoman le droit de construire un chemin de fer pour 5 000 livres ottomanes. Mais il ne trouve pas d'investisseurs en Europe et décide de revendre sa concession un million de francs à une société française fondée par l'administrateur général des phares de l'Empire ottoman qui va entreprendre les grands travaux. C'est sur ce montage improbable - capitaux français, droit ottoman, ingénierie française, rails belges, main-d'œuvre arabe - que se construit la première ligne de chemin de fer de Palestine, reliant Jaffa à Jérusalem.

La ligne la plus malchanceuse du Proche-Orient

La ligne est inaugurée le 26 septembre 1892 - en grande pompe, au point de faire l'objet d'une manchette dans le New York Times. Herzl, qui s'était désintéressé du projet, la prend pourtant six ans plus tard pour rejoindre Jérusalem où il doit rencontrer l'empereur Guillaume II. Selon son propre journal, le trajet dura quatre heures et demie dans un compartiment « bondé, cramponné, brûlant » - il arriva à Jérusalem avec de la fièvre. Il n'avait pas tout à fait tort sur la qualité du service.

La ligne ne fut jamais rentable. Lorsque la Première Guerre mondiale éclata, les Ottomans confisquèrent la concession à la compagnie française et démontèrent une partie des voies pour les réaffecter à la ligne de Beer Sheva - fait que rappelle le site officiel de HaTachana. La paix revenue, les Palestine Railways britanniques reprirent l'exploitation. La ligne fonctionnait à nouveau, mais sans jamais dégager l'équilibre espéré. Elle fut finalement sabotée en 1946 par les organisations clandestines juives, puis le complexe fut affecté à l'armée israélienne après l'indépendance de 1948.

Pendant un demi-siècle, le complexe reste fermé au public, affecté à l'armée puis progressivement abandonné. Ce n’est qu’au début des années 2000 que d’importants travaux de réhabilitation du site seront entrepris afin de mettre en valeur le site. L'ancienne gare et le bâtiment de l'usine adjacente ont été restaurés et transformés en magasins et restaurants tandis que la zone environnante et les « quais » sont devenus une place ouverte. Pour rappeler aux visiteurs le passé de la gare, un ancien wagon de chemin de fer se dresse à l'entrée du complexe.

Billet de 2ème classe oblitérée, sans date.

Pavés, wagons et boutiques de designers

HaTachana, la gare de Jaffa, se dresse aujourd'hui entre Neve Tsedek et la mer comme un décor de western bien entretenu : pavés, wagons exposés, boutiques de designers, terrasses. Un parc linéaire remonte vers le nord le long de l'ancienne voie - le park Hamesila, où Teder, le complexe culturel devenu institution telavivienne, draine chaque soir une bonne partie de la jeunesse de la ville.

HaTachana n'est pas seulement une vieille gare bien rénovée : c'est l'un des rares endroits de Tel-Aviv où les couches ottomane, britannique et israélienne sont physiquement superposées et lisibles en même temps. Aucun n'en a jamais rien tiré. Tel-Aviv en a fait l'un de ses endroits les plus courus.

En 1892, la gare de Jaffa accueillait le premier train de l'Empire ottoman en Palestine.Elle vend aujourd'hui des cosmétiques. Avram Sarfati écrit chaque vendredi sur ce que Tel-Aviv fait des lieux qu'elle décide de sauver.
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Sources:

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