Le marché Levinsky : Salonique et Istanbul au cœur de Tel-Aviv
Le marché Levinsky est connu pour ses épices et ses cafés branchés. Mais derrière l’agitation, quelques échoppes fondées par des immigrants de Salonique et d’Istanbul survivent depuis les années 1920 - chacune portant l’histoire d’une famille, d’un pays quitté, d’une cuisine reconstruite loin de ses origines.
La rue Levinsky, au coeur de Florentine, n’a pas toujours été un détour instagrammable. Pendant des décennies, c’était simplement l’endroit où les immigrés sépharades de Tel-Aviv venaient retrouver ce qu’aucun départ ne permet vraiment d’oublier : les épices, le café à la cardamome, les feuilles de vigne, les saveurs d’une cuisine que la migration avait interrompue mais pas effacée. Plusieurs de ces échoppes sont là depuis avant la création de l’État. Elles ont vu passer les générations, les modes, la gentrification. Elles sont toujours là.
Cinq échoppes qui font la mémoire de la rue
Épicerie Haïm Raphaël - Salonique, 1943, puis Tel-Aviv
Salonique était, avant la Seconde Guerre mondiale, l’une des rares villes d’Europe à majorité juive. En 1943, plus de 90 % de sa communauté fut déportée et assassinée. Ceux qui survécurent emportèrent avec eux leur langue - le judéo-espagnol, ou ladino - et leurs recettes. Raphaël Haïm était de ceux-là. Son témoignage est conservé par Yad Vashem. En 1958, il ouvre rue Levinsky une épicerie qui est aussi une forme de mémoire : poisson fumé, olives, fromages, charcuterie, feuilles de vigne farcies (yaprak), beignets de poireaux (kefte de prasas). Toute la tradition culinàire judéo-espagnole, intacte.
Adresse : Levinsky Street 36 · Commander en ligne
Café Atlas - 1923, avant l’État
Le Café Atlas a été fondé en 1923 par des Juifs de Salonique — soit vingt-cinq ans avant la création de l’État d’Israël. C’est un café en grains, spécialisé dans les mélanges torréfiés à la cardamome. On raconte que Golda Meir venait y faire ses achats dans les années 1960 - le type d’anecdote impossible à vérifier, mais que les habituelés transmettent avec la conviction de ceux qui étaient là. Le café à la cardamome est une habitude qui s’acquiert.
Adresse : Levinsky Street 49
Épicerie Yom Tov - Istanbul via Tel-Aviv, 1967
La communauté juive de Turquie a constitué l’une des vagues d’immigration importantes vers Israël dans les années 1950 et 1960. L’épicerie Yom Tov, fondée en 1967, en est une trace directe : olives, fromages, huile d’olive, spécialités sépharades (poivrons farcis, feuilles de vigne) — une carte courte qui dit long sur les origines de ses fondateurs et de leurs clients.
Adresse : Levinsky Street 43 · yomtovdeli.co.il
Burekas Penso - la bourékasiya depuis 1965
Ouverte en 1965 par des Juifs turcs, cette bourékasiya — échoppe de rue spécialisée dans les borekas, ces chaussons feuilletés farcis de fromage, de pomme de terre ou d’épinards. En Israël, les borekas sont kasher : pas de viande ici, mais une maîtrise de la pâte feuilletée transmise depuis l’ouverture en 1965. C’est le genre d’endroit où la fidélité à la recette est une forme d’identité.
Adresse : Levinsky Street 43
Magic Halva - le sésame en trente versions
Le halva — pâte de sésame compressée, sucrée, dense — est l’un de ces aliments qui traversent toutes les cultures du Moyen-Orient et du bassin méditerranéen sans appartenir à personne en particulier. Magic Halva en propose une trentaine de variantes, toutes fabriquées maison : nature, au chocolat, aux pistaches, au café. Une dégustation s’impose avant d’acheter — les goûts varient énormément d’une version à l’autre.
Adresse : Levinsky Street 48


