Ça ressemble à quoi, un Telavivien ?
On dit souvent que Tel-Aviv est une ville qui ne dort jamais. Ceux qui écrivent ça n’y ont probablement jamais passé un jeudi après-midi.
Vivre au rythme de Tel-Aviv
La légende veut que Tel-Aviv ne dorme jamais. Cette image d’une « start-up nation » en fête permanente s’affiche aussi bien sur Instagram que dans la communication officielle de la ville. L’expression « Tel Aviv Nonstop City » figure d’ailleurs au cœur de sa stratégie de marque. Réseaux sociaux et institutions publiques diffusent ainsi, chacun à leur manière, le même récit.
Mais quiconque vit ici sait que cette façade cache une cadence toute différente : celle de trentenaires décontractés, célibataires ou jeunes parents, qui campent aux terrasses comme d'autres campent au bureau. La scène s'y répète, identique : un ordinateur portable ouvert, un café qui refroidit, et la conviction inébranlable qu'on est en train de travailler. En réalité, on discute avec son voisin de table, on regarde un film, on joue en ligne. Les conversations s'étirent, personne ne consulte sa montre - au point que certains observateurs finissent par se demander si quelqu'un, dans cette ville, travaille vraiment.
La ville vit dans ce que ses habitants appellent eux-mêmes la « bulle » - un espace mental autant que géographique, où l’urgence du Proche-Orient environnant est mise entre parenthèses. Ce n’est pas de l’insouciance. C’est une décision.
Une métropole intérieurement rurale
Dans son essai Aimer Jérusalem (Gallimard, 2026), Nathan Devers consacre plusieurs pages à Tel-Aviv - et ce qu’il y voit contredit presque tout ce qu’on dit d’elle :
« Son agitation apparente est une vitrine destinée à duper le monde globalisé. Derrière sa fièvre prétendument légendaire, il règne en elle une sorte d’indolence virant à l’atonie. De mollesse pastorale. De paresse bucolique. De nonchalance champêtre. Sous son décor de métropole en ébullition permanente, Tel-Aviv est une cité intérieurement rurale. Un morceau de campagne qui se prend pour l’épicentre d’une nouvelle Amérique. »
C’est une observation qui sonne juste à quiconque a passé du temps ici. L’agitation de Tel-Aviv est réelle - mais elle coexiste avec une lenteur profonde, presque provinciale, que les visiteurs pressés ne voient pas.


